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lundi 21 novembre 2011

Canulars et viralité: la grippe du canard

Cet article a été initialement publié sur le blogue Un oeil sur les médias.
(source: Hamarkada)

Andi Arief, conseiller en gestion des désastres naturels du président de l’Indonésie, a tweeté à ses « followers », en novembre 2010, la nouvelle selon laquelle un tsunami allait s’abattre sur le pays. Son compte avait été piraté et les usurpateurs diffusaient de fausses alertes (source: Graham Cluley).



En janvier 2011, les usagers de Twitter ont déclenché une alerte majeure à la sécurité à Londres en faisant circuler la nouvelle selon laquelle un homme armé tirait des coups de feu sur Oxford Street. La nouvelle était fausse : il s’agissait d’une manœuvre policière qui a été mal interprétée (sources : Mark Prigg et Justin Davenport; Andrew Hough et Kerry Cunningham).

À la même époque, le membre du Congrès américain Gabrielle Giffords a reçu une balle dans la tête à Tucson (Arizona). La nouvelle de sa mort circule comme une traînée de poudre sur Twitter. Elle est tweetée par l’agence Reuter et retweetée par NPR News et BBC News. La dame a été opérée et se porte bien aujourd’hui, merci (source : Steve Safran et AFP).

Ces fausses nouvelles (mentionnées dans un diaporama de Greg Marra) ont circulé rapidement. Elles ont été invalidées peu après leur publication. Mais dans le délai, des membres de la twittersphère les ont vécues comme réelles.

Selon Serge Proulx, la réalité virtuelle transforme le rapport à la vérité. En effet, les objets qu’elle met en scène transcendent la simple représentation et deviennent vrais, dans la mesure ils sont expérimentés par les sujets (source : Communautés virtuelles). Les usagers illusionnés de Twitteront expérimenté la panique, l’angoisse ou l’affliction liée au décès d’une personnalité publique. Cette expérience est irréversible, qu’elle soit fondée sur une information vraie ou fausse.

La circulation de fausses nouvelles n’est pas un phénomène récent (voir les exemples extrêmes que sont l’Opération Fortitude et les Protocoles des Sages de Sion), mais ils prennent une toute autre dimension grâce aux outils du web social et à la propagation virale.

(source: Influenza-H5N1.org)
Dans un premier temps, la propagation virale accélère la circulation des canulars, de sorte qu’un nombre important de personnes auront été bernées avant que ceux-ci aient été invalidés. En contrepartie, l’invalidation du canular risque de ne pas rejoindre l’ensemble des personnes illusionnées. D’abord parce que la viralité ne se commande pas. Ensuite, parce que la fausse nouvelle peut s’avérer plus attrayante et sensationnaliste que sa démystification, ce qui en fait une moins bonne candidate à une propagation virale (à titre d’exemple, dans un quotidien, une nouvelle inexacte peut faire la une et l’erratum, se trouver en page 65, juste après le courrier du cœur). Enfin, parce que les moteurs de recherche conserveront tout autant les traces du canular que les démonstrations de son imposture et que les secondes ne seront pas nécessairement mieux référencées que les premières, et on sait ce qu’a de crucial le référencement pour la visibilité.


(source: OWNI)
Dans un deuxième temps, si la force du nombre favorise une invalidation rapide des fausses nouvelles grâce aux effets de la vigilance participative, la démultiplication des sources indépendantes d’informateurs sur les blogues et les réseaux sociaux peut conduire, à l’inverse, à un phénomène de crédibilisation tautologique de l’information qui augmente la possibilité qu’un canular passe pour une nouvelle authentique. Dans Critique de la communication, Lucien Sfez décrit la tautologie par cette formule : « je répète donc je prouve ». Ainsi, une nouvelle est lancée par un usager X qui la transmet à son graphe social. Chacun des éléments du graphe transmet la nouvelle à son propre graphe, puis la visibilité de celle-ci grossit au point d’attirer l’attention d’un média institué, source de confiance. Tous les autres médias qui relaieront ensuite la nouvelle croiront alors avoir une nouvelle crédible entre les mains (sur la différence entre confiance et crédibilité : INF 6107).

Quelle serait la principale conséquence de la multiplication des canulars dans le cadre du web social? L’expérimentation d’une succession de réalités alternatives, de réalités en puissance mais non physiquement advenus, donc, de réalités virtuelles (source : Proulx et Latzko-Toth). Et si l’on en croit les propositions des tenants de la construction de la réalité socialeen communication, les fausses nouvelles pourraient s’avérer aussi réelles que les nouvelles que nous considérons comme vraies (source : Danielle Charron, p. 39-42).

lundi 14 novembre 2011

Facebook vous connaît mieux que vous ne le croyez: Billet tiré de mon blogue Un oeil sur les médias

 

(source: Elec-intro)

 

Facebook possède une excellente mémoire à long terme. En fait, il n’oublie rien et archive tout. C’est ce que nous montre Camille Gévaudan, dans son article Facebook : la mémoire cachée. Cet article fait suite à des informations révélées par Max Schrems, qui a, du 18 août au 19 septembre 2011, déposé 22 plaintes contre Facebook, auprès du Commissaire irlandais à la protection des données, en raison des données personnelles qu’elle accumule sur ses membres et sur des non-membres, à leur insu et même lorsque les premiers croient les avoir effacées. Dans le cas de Schrems, l’entreprise détenait 1222 pages de données qui se rapportaient à lui.

Facebook stocke donc des données personnelles sur ses 800 millions d’usagers, classées en 59 catégories. Les archives détaillent, entre autre, pour un membre donné :

  • Ses anciens pseudonymes;
  • Ses courriels, ses statuts, ses pokes, ses tags de photos et ses messages instantanés;
  • Ses demandes d’amis refusées;
  • Les événements auxquels il a accepté ou non de participer;
  • Les ordinateurs sur lesquels il s’est connecté à son profil Facebook, de même que la date, l’heure et la position géographique correspondant à la connexion;
(source: Écrans)
















Selon Max Schrems, Facebook conserverait également des fiches sur des non-membres en recoupant automatiquement les informations disponibles sur le web à leur endroit ou fournies par ses usagers. C’est ce qui expliquerait pourquoi, lorsque Facebook invite par courriel une personne à s’inscrire sur sa plateforme, il est en mesure de suggérer une liste de membres que celle-ci pourrait connaître (source: Camille Gévaudan).

D’autres sujets d’inquiétude au regard de la vie privée

Dans L'Allemagne s'attaque aux excès de Facebook, le journaliste Justin Sullivan relève d'autres irrégularités de Facebook à l’égard de la protection de la vie privée. Il pointe tout d’abord son système de reconnaissance faciale, qui a servi à identifier, jusqu’à maintenant, 450 millions de personnes, sur une portion des 75 milliard de photographies que l'entreprise héberge, sans obtenir préalablement leur consentement.

Sullivan souligne ensuite la problématique des boutons « J’aime »,incrustés dans une multitude de sites web, qui permettent à Facebook d’élaborer des profils des visiteurs, membres ou non-membres, par le biais de leur adresse IP. À cela s’ajoute, enfin, le fait que Facebook rapatrie aux États-Unis toutes les données personnelles de ses membres situés à l’étranger, toujours sans leur consentement.

Ces irrégularités font également l’objet de plaintes, de la part de deux citoyens allemands : Johannes Caspar et Thilo Weichert.

Au Canada
Qu’en est-il de la légalité de la gestion des données personnelles de Facebook au Canada? En juillet 2010, le cabinet d’avocats torontois Merchant Law Group a entreprit un recours collectif contre la plateforme sociale en raison du viol de la vie privée de ses usagers canadiens, pour les avoir trompés au plan des conditions d’utilisation et pour sa politique en matière de données personnelles (source : Guillaume Champeau).

Si vous êtes Canadiens et estimez avoir été lésés dans vos droits à cet égard, il est possible de joindre le recours collectif à l’adresse suivante.
Par ailleurs, le Commissariat canadien à la protection de la vie privée n’est pas demeuré inactif devant les plaintes de ses concitoyens en la matière, puisqu’en 2009, il a obtenu des modifications de la part de la plateforme sociale, qui sont, entre autre, les suivantes:
· Facebook doit supprimer les données personnelles de ses membres lorsqu’ils se désinscrivent;
· Facebook doit informer ses membres que la désactivation de leur compte ne signifie pas que leurs données personnelles seront supprimées;
· L’usage de données personnelles pour créer des jeux et des quiz est interdite faute d’un consentement clair de la part des personnes concernées;
· Facebook doit avertir ses membres qu’ils ne peuvent afficher d’adresses électroniques de non-membres sur leur profil sans obtenir leur permission au préalable.
(source : LeMonde.fr)

Quelques liens utiles...
· Cliquez ici pour connaître le détail des 22 plaintes déposées par Max Schrems contre Facebook.
· Cliquez ici pour connaître les différents types de données conservées par Facebook à propos de ses usagers.
· Si vous êtes un usager de Facebook et que vous résidez à l’extérieur des États-Unis ou du Canada, vous pouvez accéder aux données personnelles qui vous concernent et que le site a accumulées sur vous. Cliquez ici pour connaître la procédure.
· Sur le système de reconnaissance faciale de Facebook, vous pouvez consulter l’article suivant, du journal L'express .
· Le graphique qui suit donne un aperçu de l’évolution de Facebook au regard de la vie privée, de 2005 à 2010.